Notre équipe à Liège

Premiers résultats prometteurs du travail d’Infirmiers de rue auprès des personnes sans-abri à Liège

Liège, le 18 septembre 2019 

Depuis son arrivée à Liège en mai dernier, l’équipe d’Infirmiers de rue a rencontré 104 personnes sans-abri. Plus de 73 rencontres ou accompagnements ont été réalisés avec ses 6 patients en suivi intensif. Tout ceci grâce à la méthodologie spécifique d’Infirmiers de rue, basée sur l’hygiène, la santé et la valorisation des talents. En plus, l’étroite collaboration avec le Relais Social du Pays de Liège, plus précisément les Educateurs de rue et le projet Housing First Liège, mais aussi La Fontaine, le CASS, l’abri de nuit, les Sentinelles de la nuit, les maisons médicales, les hôpitaux de la région … permet d’arriver rapidement à des résultats encourageants. 

Cliquez ICI pour télécharger le communiqué de presse au complet.


L'antenne de Liège : 

Travaillant à Liège avec des personnes sans-abri pendant plus de deux ans, Fanny et Camille ont mis en évidence un réel manque de professionnels de la santé sur le terrain. 

Ce besoin, trop longtemps ignoré, semble essentiel aujourd’hui, étant données les conditions de vie de plus en plus intolérables des personnes sans-abri.

La création d’un groupe de travail avec les acteurs de terrain leur a permis de faire une cartographie du réseau liégeois et d’ainsi, cibler les priorités : rendre la personne actrice de sa santé, lui permettre un accès aux soins. La présence de travailleurs médicaux en contact direct avec le milieu de vie des personnes sans-abri est cruciale.

Leur entrée dans le Venturelab et la prise de contact avec l’équipe d’Infirmiers de rue (IDR) de Bruxelles leur ont permis de concrétiser ce beau projet. En effet, l’ASBL va lancer une antenne d’IDR à Liège en mai 2019. 

Fanny et Camille sont les premières infirmières sur le terrain. Gaïd est la gestionnaire de projet. 


Quelques tranches de vie : 

Tranche de vie n°1 :

L'état de Monsieur P.* est très préoccupant et le réseau est alarmé depuis un moment par sa situation. En effet, il présente de gros problèmes de santé. 

Un matin, un éducateur de rue du réseau contacte Camille et Fanny, indiquant que la personne se trouve dans le centre-ville, et leur demandant de l'accompagner aux urgences. 

Elles s'y rendent au plus vite et confirment que Monsieur doit être pris en charge de manière prioritaire car il encourt un grand danger.

Au début, Monsieur ne veut pas bouger. Mais les deux infirmières réussissent à le motiver à se soigner et, finalement, il accepte de se déplacer à l'hôpital. 

Ses deux amis l'accompagnent également pour le soutenir. 

Cette journée est une belle étape dans l'accompagnement de Monsieur P. pour nos deux infirmières.


Tranche de vie n°2 :

Fanny et Camille rencontrent Monsieur Y.* au cours d'une maraude, il y a quelques mois. Cette personne vit de manière très isolée et refuse tout contact avec le réseau d'aide liégeois, même après 20 de vie en rue. Les deux infirmières font preuve de beaucoup de patience pour établir une relation, passant d'un "bonjour" sans obtenir de réponse, à un "comment allez-vous", etc. Monsieur est sur la défensive.

Au fil des semaines, la confiance s'installe. Elles parviennent progressivement à dialoguer d'une manière constructive.

Récemment, profitant d'une demande de Monsieur d'obtenir des vêtements propres, Fanny et Camille sautent sur l'occasion pour lui proposer de l'accompagner à La Fontaine (centre de soins et d'hygiène). Il ne refuse pas mais veut encore y réfléchir.

La semaine suivante, Monsieur reparle lui-même de la Fontaine aux infirmières ! Ils ne font ni une ni deux et s'y rendent ensemble.

Après lui avoir présenté le service et les travailleurs, elles lui montrent la salle d'eau et lui donnent de nouveaux habits.

Au bout de quelques minutes, il sort de la douche, rempli d'émotions.

Il se livre et raconte son parcours dans les détails.

Quelque chose s'est passé ce jour-là, un déclic pour Monsieur Y.?


Tranche de vie n°3 :

Nous retrouvons notre patient, que nous suivons depuis peu, dans une des rues principales de Liège. Il est allongé sur le trottoir, le pantalon baissé, de l’urine et des selles sur lui. 

Il est amorphe et incapable de se déplacer. Il ne réagit pas et semble n'éprouver aucune émotion. Malgré cet état déplorable, il ne présente pas de problème physique nécessitant une hospitalisation.

Nous lui demandons s’il accepterait de nous suivre jusqu'à à La Fontaine (centre de soins et d'hygiène), il marmonne que "oui" mais nous dit qu'il ne sait pas bouger. En vérité, cela fait cinq mois qu’il se laisse aller et n'a pas pris soin de lui. 

C'est à ce moment que la police arrive, alertée par des citoyens inquiets.

Les agents, très compréhensifs et connaissant Monsieur, cherchent avec nous une solution pour l’emmener au centre. 

Nous essayons de le soutenir pour marcher mais après quelques pas, il s’écroule au sol. Finalement, les policiers demandent à des collègues de nous rejoindre avec un combi, à l'intérieur duquel nous faisons monter monsieur, toujours avec leur aide. Ensuite, nous sommes tous emmenés à bon port.

Une fois sur place, nous déshabillons notre patient, le faisons entrer dans la douche et le lavons. Nous le rhabillons ensuite avec du linge propre et lui offrons une soupe avec une tartine. 

Enfin posés, nous entamons une conversation avec lui et lui renvoyons son état « lamentable ». Nous lui demandons ce qu’il ressent. Il avoue qu’il a honte, qu’il ne se reconnaît plus, qu’il ne pensait pas se retrouver un jour dans cet état. 

Lorsqu’il nous dit cela, pour la première fois, il relève la tête et nous regarde ! 

Monsieur est parvenu à exprimer son mal-être.

- Fanny & Camille


(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patients et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.

Fichiers

Communiqué de Presse - Liège 18/09