De la rue au logement : le parcours de Mr H.

janvier 2020

Monsieur H*. adore cuisiner, est féru d’Histoire et rêve un jour d’aller vivre au bord de la mer. Chaque matin, il boit un verre de jus de fruits frais. C’est un homme très souriant et est toujours de bonne humeur.

Un jour, alors que sa mère est gravement tombée malade, il décide d’aller vivre chez elle pour en prendre soin. Malheureusement, elle décède quelques mois plus tard.

Après avoir vécu 8 mois seul, et dû à un problème de santé mental non traité, Monsieur H. n’arrive plus à prendre soin de lui. Il arrête de payer son loyer, et se fait vite mettre à la porte.

C’est ainsi que Monsieur H. découvre la dureté et la violence de la vie en rue.

Allant de gare en gare, de parc en parc, Monsieur H. apprend à trouver des endroits où s’abriter du mauvais temps belge et des regards indiscrets.

À partir de là, Monsieur H. est dans la survie. Ce qui compte pour lui désormais, c’est de trouver à manger et à boire pour la journée, ainsi qu’un endroit où dormir la nuit. Il n’est plus en mesure de prendre soin de son hygiène, ni de sa situation administrative. 

5 années passent.

Un jour, un citoyen inquiet pour Monsieur nous passe un coup de téléphone. Il nous explique sa situation ainsi qu’où le trouver.

Au début, Monsieur H. est timide et distant. Il n’ose pas nous expliquer son histoire. Ne voulant pas le brusquer, nous ne restons que quelques minutes avec lui. Avant de partir, nous lui expliquons que nous repasserons bientôt le voir.

Au fur et à mesure de nos visites, Monsieur commence à sourire et sa langue de délie. Il dit apprécier notre présence et nous faire confiance.

Un jour de décembre, Monsieur H. a une toux qui nous inquiète, bien qu’il ne s’en plaigne pas. Mais la rue n’est pas un endroit propice pour guérir et les thermomètres sont passés sous la barre du zéro…

La semaine suivante, son état s’est aggravé. Monsieur H. est désormais bien malade. Nous lui proposons donc de l’accompagner jusqu’à la pharmacie la plus proche afin d’acheter des médicaments.

À notre plus grand plaisir, Monsieur accepte ! C’est une première petite victoire. Dans la foulée, nous lui suggérons de continuer notre chemin vers un centre de soins, où Monsieur pourra prendre une douche et nettoyer ses vêtements tout en profitant d’une bonne boisson chaude. Il accepte, mais à une condition : que nous venions avec lui. 

La douche lui fait énormément de bien. Il en ressort avec un grand sourire jusqu’aux oreilles. 

L’hygiène de Monsieur va en s’améliorant : il va maintenant chaque semaine au centre de soins, parfois même seul ! Et nous l’aidons à prendre régulièrement ses médicaments. Toutefois, l’expertise d’un médecin reste nécessaire.

Nous organisons alors une première rencontre entre Monsieur H. et un médecin que nous connaissons bien. Au début, Monsieur est vraiment stressé. Mais au final, la rencontre se déroule vraiment bien. Monsieur nous dit même en sortant qu’il pourra aller à ses prochains rendez-vous seul !

Durant les semaines à venir, nous continuons à travailler avec lui sur son hygiène. Nous établissons, ensemble, des priorités et de petits objectifs à atteindre. Monsieur adore les manucures. C’est pour lui un moment de détente et il en profite pour parler de ses rêves.

Vers la mi-avril, Monsieur fête ses 41 ans. Lorsque nous lui apportons une carte signée par toute l’équipe, il prend son temps pour bien lire tous les petits mots laissés par l’équipe. Lorsqu’il relève la tête, ses yeux sont remplis d’émotions. Il rit de bon cœur et nous remercie pour cette attention. Il est touché, tout comme nous. Cela nous rappelle que le moindre petit geste a de l’importance.

Monsieur H. est désormais en bonne santé, et il arrive à prendre soin de lui. Mais sa situation administrative et sociale reste très compliquée. Mais grâce à l’aide de tout le réseau, la situation finit par se débloquer. Un matin de mai, le téléphone sonne : bonne nouvelle ! Monsieur H. a retrouvé ses droits à un revenu d’intégration.

Ensuite, tout s’enchaîne très vite. Presque pile 1 an après avoir rencontré Monsieur H. pour la première fois, nous lui annonçons que nous avons un logement pour lui et que nous pouvons aller le visiter.

L’emménagement se déroule dans la bonne humeur. Monsieur H. et les bénévoles montent ensemble les meubles. Monsieur est ravi d’avoir enfin son chez lui, et a hâte de se cuisiner un bon repas chaud.

Il investit sont logement très rapidement : 2 semaines plus tard, il a déjà ajouté un tapis, une petite plante et un miroir dans le hall d’entrée. « Maintenant, mon appartement est parfait ! » nous dit-il. 

Quelques mois après son entrée en logement, nous allons visiter Monsieur. Nous le trouvons bien soigné, et l’appartement est également propre et rangé. Il nous propose un café, que nous acceptons.

Il nous annonce alors qu’il souhaite profiter de ce nouveau départ pour créer de nouvelles habitudes. En rue, la tentation de l’alcool et des autres drogues est forte. Ces substances permettent d’échapper l’espace de quelques instants à la dure réalité qu’est la vie en rue. Mais maintenant qu’il est en logement, il souhaite arrêter de consommer. Une décision courageuse de sa part, que nous soutenons de tout cœur. 

La prochaine étape dans la réinsertion durable de Monsieur est qu’il se crée un réseau. C’est pourquoi, nous mettons en place qu’un bénévole aille le visiter une fois par semaine. Ensemble, ils discutent, boivent des cafés, vont voir des films et organisent des activités à faire ensemble. Le courant passe bien entre eux, et Monsieur H. accueille à chaque fois le bénévole chaleureusement. 

Un jour, alors que nous rendons visite à Monsieur, il nous dit que nous ne devons plus venir aussi souvent. Il se débrouille effectivement très bien : il reste sur sa décision de ne plus boire, va à tous ses rendez-vous et s’est fait quelques amis dans le quartier.

(*) Nous mettons tout en œuvre pour respecter la vie privée de nos patients et notre secret professionnel. Nous voulons néanmoins témoigner de la façon dont ils doivent survivre et de la manière dont nous travaillons ensemble à leur réinsertion. Par conséquent, le nom des lieux et des personnes sont volontairement omis ou modifiés et des situations vécues sont placées dans un autre contexte. Il n’y a pas de lien direct entre les photos et les histoires ci-dessus.


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